Un jeune auteur luxembourgeois, un livre de recettes, et soudain toute une cuisine que l’on croyait un peu oubliée qui reprend vie. Vous avez peut‑être déjà entendu parler de «Lëtzebuerger Genossmomenter». Mais derrière ce titre se cache bien plus qu’un simple recueil de plats: c’est un véritable pont entre les générations, entre les souvenirs d’enfance et les tables d’aujourd’hui.
Un livre né d’une phrase toute simple: «La vie est trop courte pour mal manger»
À l’origine de ce projet, il y a Joel Pierrat, un jeune Luxembourgeois d’une trentaine d’années. Journaliste de métier, passionné par les médias et la gastronomie, il a décidé de réunir ses deux univers dans un seul objet: un livre de cuisine entièrement dédié à la cuisine luxembourgeoise.
Lorsqu’il a dû créer un projet concret pendant ses études en sciences des médias, le choix s’est imposé presque naturellement. Plutôt qu’un documentaire ou un podcast, il a préféré un livre de recettes. Mais pas n’importe lequel. Il voulait raconter le pays à travers ses plats. Montrer que derrière chaque sauce, chaque pâte, il y a une histoire, une famille, une fête de village.
46 recettes pour raconter tout un pays
Son ouvrage rassemble 46 recettes typiques du Luxembourg. Certaines très connues, d’autres plus discrètes, que l’on croise surtout dans les cuisines des grands-parents ou lors des fêtes locales. L’idée n’était pas de faire un livre de chef, mais un livre du quotidien. Un livre que l’on ouvre un soir de semaine, ou un dimanche pluvieux, pour retrouver une odeur familière.
On y retrouve bien sûr des classiques comme les «Judd mat Gaardebounen» ou les «Kniddelen mat Speck». Des plats que presque tout Luxembourgeois connaît de nom. Parfois de vue. Mais que beaucoup n’ont jamais osé préparer eux-mêmes. Joel, lui non plus, ne les cuisinait pas avant ce projet. Il a donc fait le chemin que de nombreux lecteurs feront à leur tour: découvrir ces recettes de l’intérieur, étape par étape.
Une cuisine traditionnelle… mais accessible à tous
Vous pensez peut‑être que la cuisine luxembourgeoise est compliquée, lourde, réservée aux experts ou aux mamies patientes. Le livre essaie justement de casser cette image. La plupart des recettes ont été pensées pour rester accessibles aux débutants. Des instructions claires, des gestes simples, peu de matériel spécial.
Pendant la préparation du livre, l’auteur a testé chaque plat dans une cuisine tout à fait normale. Sans brigade, sans studio, juste un four, quelques casseroles et beaucoup de patience. La plupart des recettes ont réussi dès le premier essai. Les rares fois où il a dû recommencer, ce n’était pas à cause du goût, mais uniquement pour avoir une plus belle photo.
Le défi de la «Rieslingspaschtéit» sous 34 degrés
Un plat, en particulier, lui a donné du fil à retordre: la célèbre Rieslingspaschtéit, cette tourte au Riesling au feuilletage doré. Non pas parce qu’il ne maîtrisait pas la technique. Mais parce que la météo s’en est mêlée. Le livre a été finalisé en plein été. Le jour où il a décidé de préparer cette tourte, le thermomètre affichait plus de 34 °C.
Vous imaginez la scène. Une pâte qui ramollit dès qu’on la touche. Une cuisine qui ressemble plus à une serre qu’à un atelier pâtissier. À chaque étape, la pâte devait retourner au réfrigérateur. Faire un pli, remettre au froid. Étaler, remettre au froid. Malgré ces conditions difficiles, le résultat était au rendez‑vous. Assez réussi pour ne pas devoir refaire la recette.
Un livre trilingue, comme un miroir du Luxembourg
L’une des forces de «Lëtzebuerger Genossmomenter» tient dans son format. Le livre existe en trois langues: luxembourgeois, allemand et français. Chaque recette est donc partagée dans ces trois versions. Un détail? Pas vraiment. C’est un clin d’œil direct à la réalité du pays, à ce mélange de langues que l’on entend dans les rues, dans les écoles, autour des tables.
Ce choix rend le livre accessible à un public très large. Les habitants du pays, bien sûr, mais aussi les nouveaux arrivants. Ceux qui découvrent le Luxembourg et qui aimeraient comprendre ce qui se cache derrière certains plats que l’on voit dans les brasseries ou sur les marchés.
Préserver une identité culinaire sans la figer
Derrière ce projet, il y a une idée forte: transmettre la cuisine traditionnelle sans la laisser prendre la poussière. Beaucoup de recettes régionales disparaissent peu à peu. Parce qu’elles ne sont plus notées. Parce que les personnes qui les connaissent ne les cuisinent plus aussi souvent. Ou parce que l’on croit à tort qu’elles ne correspondent plus à notre mode de vie.
Le livre de Joel prend le contre-pied de cette tendance. Il montre que la cuisine luxembourgeoise peut encore trouver sa place à côté des bowls, des ramen et des tacos. Qu’un plat de Kniddelen peut cohabiter avec un curry thaï dans la même semaine. Que l’on peut aimer la cuisine internationale, tout en gardant un coin de son assiette pour les recettes d’enfance.
Un exemple de plat luxembourgeois facile à tester chez vous
Pour vous donner une idée concrète, voici une version simplifiée inspirée des Kniddelen mat Speck, adaptée pour débutant. Ce n’est pas la recette du livre, mais un exemple de ce que vous pouvez oser faire chez vous.
Ingrédients pour 4 personnes
- 300 g de farine de blé
- 3 œufs
- 150 ml de lait
- 1 pincée de sel
- 150 g de lardons fumés
- 20 g de beurre
- Poivre noir moulu, au goût
- Un peu de ciboulette ou de persil frais pour servir (facultatif)
Préparation étape par étape
- Versez la farine dans un saladier, ajoutez le sel. Mélangez.
- Ajoutez les œufs puis le lait petit à petit. Fouettez pour obtenir une pâte assez épaisse, lisse, qui tombe lentement de la cuillère.
- Portez à ébullition une grande casserole d’eau salée.
- À l’aide de deux cuillères, formez de petites quenelles de pâte et faites-les tomber dans l’eau frémissante.
- Les Kniddelen sont cuits lorsqu’ils remontent à la surface. Comptez environ 3 à 4 minutes.
- Égouttez-les délicatement.
- Dans une poêle, faites revenir les lardons sans matière grasse jusqu’à ce qu’ils soient dorés. Ajoutez le beurre, puis les Kniddelen. Faites revenir 2 minutes en remuant doucement.
- Poivrez, parsemez d’herbes fraîches et servez bien chaud.
Ce type de plat, simple, nourrissant, convivial, illustre bien l’esprit de la cuisine luxembourgeoise telle que la présente Joel Pierrat: généreuse, directe, sans prétention, mais pleine de caractère.
Un projet unique… pour le moment
L’auteur voit son livre comme une pièce spéciale dans son parcours. Pour l’instant, il ne prévoit pas d’en faire une série ou de se lancer dans des cuisines d’autres pays. Il préfère rester ancré dans ce qu’il connaît vraiment. Ce lien intime avec les produits, les souvenirs, les façons de faire locales.
Oui, il songe à une extension future, notamment avec des recettes de saison qui n’ont pas pu être intégrées à temps. Mais ce sera peut‑être pour plus tard. Le premier objectif est déjà rempli: montrer que la cuisine luxembourgeoise mérite sa place sur nos tables d’aujourd’hui.
Et vous, que faites-vous de vos recettes de famille?
En refermant ce livre – ou cet article – une question reste en suspens. Que faites‑vous, vous, de vos propres recettes traditionnelles? Restent‑elles dans un carnet jauni au fond d’un tiroir. Ou bien les partagez‑vous avec vos proches, vos amis, vos enfants.
Prendre le temps de cuisiner un plat du pays, ce n’est pas seulement suivre des étapes. C’est aussi préserver un accent, une manière de se réunir, une petite partie de l’histoire du Luxembourg. Peut‑être que la prochaine fois que vous chercherez une idée de repas, vous penserez à ces 46 recettes qui font renaître une cuisine. Et qui, discrètement, donnent envie de la transmettre à votre tour.










